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samedi 17 septembre 2011

L'étranger


Voici les versions audio et texte de l'oeuvre la plus connue d'Albert Camus: "L'étranger".



Vous pouvez imprimer (pour faciliter la lecture) et, quant à la version audio, vous pouvez la mettre sur un mp3 (ce n'est pas super de marcher en train d'écouter Camus?!)...


VERSION AUDIO (ignorez la pub et faites le téléchargement!):
Amusez-vous avec tout ça!

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dimanche 4 septembre 2011

Lecture de Rimbaud

En effet, il n'y a rien à craindre..

"J’étais dans une chambre sans lumière. On vint me dire qu’elle était chez moi : et je la vis dans mon lit, toute à moi, sans lumière ! [...] Alors la femme disparut. Je versai plus de larmes que Dieu n’en a pu jamais demander."
- Rimbaud, 'Les Déserts de l'Amour'.

Version audio de cette petite prose:



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"Je me crois en enfer, donc j'y suis."

Aujourd'hui, je me suis réveillé un peu 'maudit'.. Mais on s'amuse bien avec ce monsieur Rimbaud.

Version audio d'une autre prose, un peu plus longue que celle d'avant, "Une saison en enfer":



Faites comme le professeur! Entraînez-vous en écoutant ces belles lectures!

Au revoir et à plus!

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dimanche 3 juillet 2011

Baudelaire, Charles (Intermédiaire)

Charles Baudelaire est né au n°13 de la rue Hautefeuille à Paris. Sa mère, Caroline Archenbaut-Defayis avait vingt-sept ans. Son père, Joseph-François Baudelaire, né en 1759, en Champagne, était alors sexagénaire. Quand il est mort, en 1827, Charles n'avait pas six ans. Cet homme lettré, épris des idéaux des Lumières, et amateur de peinture, peintre lui-même, lui laisse un héritage dont il n'aura jamais le total usufruit.



Un an plus tard, sa mère, Caroline Archimbaut-Dufays (1793-1871) s'est remariée avec le chef de bataillon Jacques Aupick. Le futur poète ne pardonnera jamais à sa mère ce remariage, et l'officier Aupick, devenu plus tard ambassadeur, incarnait à ses yeux tout ce qui faisait obstacle à ce qu'il aimait : sa mère, la poésie, le rêve et la vie sans contingences.

« S'il va haïr le général Aupick, c'est sans doute que celui-ci s'opposera à sa vocation. C'est surtout parce que son beau-père lui prenait une partie de l'affection de sa mère. [...] Une seule personne a réellement compté dans la vie de Charles Baudelaire : sa mère » - dit Claude Pichoit dans la biographie qu'il a écrit de Baudelaire.

En 1831, le lieutenant-colonel Aupick a reçu une affectation à Lyon et Baudelaire s'est inscrit à la pension Delorme. Trois ans plus tard il emportait dejà le prix de vers latin au concours général.


Dessin de Baudelaire, par Gustave Courbet


Baudelaire menait une vie en opposition aux valeurs bourgeoises incarnées par sa mère et son beau-père. Celui-ci jugeant la vie de son beau-fils « scandaleuse », a décidé de l'envoyer en voyage vers les Indes, périple qui prend fin aux Mascareignes (Maurice et La Réunion) en 1841.

De retour à Paris, il a fait la connaissance de Jeanne Duval, jeune mulâtresse, avec laquelle il découvrira les charmes et les amertumes de la passion. Dandy endetté, il est placé sous tutelle judiciaire, et a connu, dès 1842, une vie dissolue. Il commence alors à composer plusieurs poèmes des "Fleurs du mal". Critique d'art et journaliste, il a défendu en Delacroix le représentant du romantisme en peinture, mais aussi Balzac lorsque l'auteur de La Comédie humaine était attaqué et caricaturé pour sa passion des chiffres ou pour sa perversité présumée. Grâce à son ami Louis Ménard, Baudelaire a découvert en 1843 les « paradis artificiels » dans le grenier de l'appartement familial des Ménard : il y a goûté la confiture verte. Même s'il a contracté la colique à cette occasion, cette expérience a semblé multiplier sa créativité (il a fait son autoportrait en pied, très démesuré), aussi est-il allé renouveler cette expérience occasionnellement sous contrôle médical en participant aux réunions du "club des Haschischins". En revanche, sa pratique de l'opium a été plus longue : il a fait d'abord un usage thérapeutique du laudanum dès 1847, prescrit pour combattre ses maux de tête et comme analgésique (suite aux douleurs intestinales consécutives à une syphilis, probablement contractée durant sa relation avec la prostituée Sarah la Louchette vers 1840). Comme De Quincey avant lui, l’accoutumance l'a fait augmenter progressivement les doses. Croyant y trouver un adjuvant créatif, il en décrira les enchantements et tortures.

Le 15 juillet 1848, a apparu dans le journal "La Liberté de penser" un texte d'Edgar Allan Poe traduit par Baudelaire : Révélation magnétique. A partir de cette période, Baudelaire ne cessera jamais de clamer son admiration pour l'écrivain américain et deviendra son traducteur attitré. Baudelaire s'est vu reprocher son écriture et le choix de ses sujets. Il n'a été compris que par quelques-uns de ses pairs... Cet engouement confidentiel contraste avec l'accueil mouvementé que la presse lui a réservé pour les "Fleurs du Mal". Dès la parution du recueil, en 1857, quelques journalistes ont réagit avec une extrême virulence: « Il y a des moments où l'on doute de l'état mental de M. Baudelaire, il y en a où l'on n'en doute plus ; —c'est, la plupart du temps, la répétition monotone et préméditée des mêmes choses, des mêmes pensées. L'odieux y côtoie l'ignoble ; le repoussant s'y allie à l'infect... » et cela deviendra le jugement dominant de l'époque.


Autoportrait de Baudelaire


Moins de deux mois après leur parution, "Les Fleurs du Mal" sont poursuivies pour « offense à la morale religieuse » et « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Seul ce dernier chef d'inculpation condamne Baudelaire à une forte amende de trois cents francs, réduite à cinquante, suite à une intervention de l'impératrice Eugénie. L'éditeur, Auguste Poulet-Malassis, s'acquitte pour sa part d'une amende de cent francs, et doit retrancher six poèmes dont le procureur général Ernest Pinard a demandé l'interdiction. Malgré la relative clémence des jurés, eu égard au réquisitoire qui vise onze poèmes, ce jugement a touché profondément le poète, qui réalisera, contraint et forcé, une nouvelle édition en 1861, enrichie de trente-deux poèmes. En 1862, Baudelaire est candidat au fauteuil d'Eugène Scribe à l'Académie Française. Il a été soutenu par Sainte-Beuve et Vigny. Le 6 février 1862, il n'avait obtenu aucune voix et s'est désisté. Par la suite, il a renoncé à se présenter au fauteuil de Lacordaire. En 1866, l'auteur a réussit à publier les six pièces condamnées, accompagnées de seize nouvelles, à Bruxelles, c'est-à-dire hors de la juridiction française, sous le titre "Les Épaves".




Le 24 avril 1864, le poète, criblé de dettes, est allé en Belgique pour entreprendre une tournée de conférences où ses talents de critique d'art éclairé n'ont pas déplacé guère les foules. Il s'est fixé à Bruxelles, et a préparé un pamphlet contre son éphémère pays d'accueil, qui a figuré, à ses yeux, une caricature de la France bourgeoise. Le féroce "Pauvre Belgique!" restera inachevé. Pressentant la mort inéluctable de ce royaume qu'il a jugé artificiel, il a résumé son épitaphe en un mot : "Enfin !"

En Belgique Baudelaire a rencontré Félicien Rops, qui aura illustrer les "Fleurs du mal". Lors d'une visite à l'église Saint-Loup de Namur, Baudelaire a perdu connaissance. Cet effondrement a été suivi de troubles cérébraux, en particulier d'aphasie. A partir de mars 1866, il a souffert d'hémiplégie. Il est mort à Paris de la syphilis le 31 août 1867, sans avoir pu réaliser le projet d'une édition définitive, comme il la souhaitait, des "Fleurs du Mal", travail de toute une vie. Il a été inhumé au cimetière du Montparnasse (6e division), dans la même tombe que son beau-père, le général Aupick et sa mère.

Le Spleen de Paris (autrement appelé Petits poèmes en prose) a été édité à titre posthume en 1869, dans une nouvelle édition remaniée par Asselineau et Théodore de Banville. À sa mort, son héritage littéraire a été mis aux enchères. L'éditeur Michel Lévy l'a acquis pour 1750 francs. La troisième édition des "Fleurs du Mal" que préparait Charles Baudelaire, accompagnée des 11 pièces intercalaires, a disparu avec lui.




Je vous conseille à lire tous les poèmes et textes écrits par Baudelaire. Il était un génie invincible. Au Brésil, il y a plusieurs éditions où vous pouvez trouver le texte original en français et, juste à côté, la traduction en portugais. C'est une excellente méthode pour apprendre la prononciation et pour augmenter le vocabulaire.



Pour avoir une idée de ces "poèmes en prose", voilà un texte (légèrement adapté pour moi) où l'on voit la technique de Baudelaire:


Vous pouvez aussi trouver quelques textes, traductions et audios sur le net... Exemple:




Alors, vous avez beaucoup à lire... J'espère que vous allez vous amuser bien!

Au revoir!

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vendredi 20 mai 2011

La Dernière Classe (version originale)

Voici aussi la version audio de ce texte:

J'ai adapté une version pour les élèves de Français niveau 1. Si vous en voulez:

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pour Alphonse Daudet

Ce matin-là j'étais très en retard pour aller à l'école, et j'avais grand-peur d'être grondé, d'autant que M. Hamel nous avait dit qu'il nous interrogerait sur les participes, et je n'en savais pas le premier mot. Un moment l'idée me vint de manquer la classe et de prendre ma course à travers champs.

Le temps était si chaud, si clair.

On entendait les merles siffler à la lisière du bois, et dans le pré Rippert derrière la scierie, les Prussiens qui faisaient l'exercice. Tout cela me tentait bien plus que la règle des participes; mais j'eus la force de résister, et je courus bien vite vers l'école.

En passant devant la mairie, je vis qu'il y avait du monde arrêté près du petit grillage aux affiches. Depuis deux ans, c'est de là que nous sont venues toutes les mauvaises nouvelles, les batailles perdues, les réquisitions, les ordres de commandature; et je pensai sans m'arrêter:

«Qu'est-ce qu'il y a encore?»

Alors, comme je traversais la place en courant, le forgeron Wachter, qui était là avec son apprenti en train de lire l'affiche, me cria:

--«Ne te dépêche pas tant, petit; tu y arriveras toujours assez tôt à ton école!»

Je crus qu'il se moquait de moi, et j'entrai tout essoufflé dans la petite cour de M. Hamel.

D'ordinaire, au commencement de la classe, il se faisait un grand tapage qu'on entendait jusque dans la rue, les pupitres ouverts, fermés, les leçons qu'on répétait très haut tous ensemble en se bouchant les oreilles pour mieux apprendre, et la grosse règle du maître qui tapait sur les tables:

«Un peu de silence!»

Je comptais sur tout ce train pour gagner mon banc sans être vu; mais justement ce jour-là tout était tranquille, comme un matin de dimanche. Par la fenêtre ouverte, je voyais mes camarades déjà rangés à leurs places, et M. Hamel, qui passait et repassait avec la terrible règle en fer sous le bras. Il fallut ouvrir la porte et entrer au milieu de ce grand calme. Vous pensez, si j'étais rouge et si j'avais peur!

Eh bien, non. M. Hamel me regarda sans colère et me dit très doucement:

«Va vite à ta place, mon petit Frantz; nous allions commencer sans toi.»

J'enjambai le banc et je m'assis tout de suite à mon pupitre. Alors seulement, un peu remis de ma frayeur, je remarquai que notre maître avait sa belle redingote verte, son jabot plissé fin et la calotte de soie noire brodée qu'il ne mettait que les jours d'inspection ou de distribution de prix. Du reste, toute la classe avait quelque chose d'extraordinaire et de solennel. Mais ce qui me surprit le plus, ce fut de voir au fond de la salle, sur les bancs qui restaient vides d'habitude, des gens du village assis et silencieux comme nous, le vieux Hauser avec son tricorne, l'ancien maire, l'ancien facteur, et puis d'autres personnes encore. Tout ce monde-là paraissait triste; et Hauser avait apporté un vieil abécédaire mangé aux bords qu'il tenait grand ouvert sur ses genoux, avec ses grosses lunettes posées en travers des pages.

Pendant que je m'étonnais de tout cela, M. Hamel était monté dans sa chaire, et de la même voix douce et grave dont il m'avait reçu, il nous dit:

«Mes enfants, c'est la dernière fois que je vous fais la classe. L'ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l'allemand dans les écoles de l'Alsace et de la Lorraine... Le nouveau maître arrive demain. Aujourd'hui c'est votre dernière leçon de français. Je vous prie d'être bien attentifs.»

Ces quelques paroles me bouleversèrent. Ah! les misérables,voilà ce qu'ils avaient affiché à la mairie.

Ma dernière leçon de français!...

Et moi qui savais à peine écrire! Je n'apprendrais donc jamais! Il faudrait donc en rester là!... Comme je m'en voulais maintenant du temps perdu, des classes manquées à courir les nids ou à faire des glissades sur la Saar! Mes livres que tout à l'heure encore je trouvais si ennuyeux, si lourds à porter, ma grammaire, mon histoire sainte me semblaient à présent de vieux amis qui me feraient beaucoup de peine à quitter. C'est comme M. Hamel. L'idée qu'il allait partir, que je ne le verrais plus me faisait oublier les punitions et les coups de règle.

Pauvre homme!

C'est en l'honneur de cette dernière classe qu'il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais pourquoi ces vieux du village étaient venus s'asseoir au bout de la salle. Cela semblait dire qu'ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent, à cette école. C'était aussi comme une façon de remercier notre maître de ses quarante ans de bons services, et de rendre leurs devoirs à la patrie qui s'en allait...

J'en étais là de mes réflexions, quand j'entendis appeler mon nom. C'était mon tour de réciter. Que n'aurais-je pas donné pour pouvoir dire tout au long cette fameuse règle des participes, bien haut, bien clair, sans une faute; mais je m'embrouillai aux premiers mots, et je restai debout à me balancer dans mon banc, le coeur gros, sans oser lever la tête. J'entendais M. Hamel qui me parlait:

«Je ne te gronderai pas, mon petit Frantz, tu dois être assez puni... voilà ce que c'est. Tous les jours on se dit: Bah! j'ai bien le temps. J'apprendrai demain. Et puis tu vois ce qui arrive... Ah! ç'a été le grand malheur de notre Alsace de toujours remettre son instruction à demain. Maintenant ces gens-là sont en droit de nous dire: Comment! Vous prétendiez être Français, et vous ne savez ni parler ni écrire votre langue!... Dans tout ça, mon pauvre Frantz, ce n'est pas encore toi le plus coupable. Nous avons tous notre bonne part de reproches à nous faire.

«Vos parents n'ont pas assez tenu à vous voir instruits. Ils aimaient mieux vous envoyer travailler à la terre ou aux filatures pour avoir quelques sous de plus. Moi-même n'ai-je rien à me reprocher? Est-ce que je ne vous ai pas souvent fait arroser mon jardin au lieu de travailler? Et quand je voulais aller pêcher des truites, est-ce que je me gênais pour vous donner congé?...»

Alors d'une chose à l'autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c'était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide: qu'il fallait la garder entre nous et ne jamais l'oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu'il tient sa langue, c'est comme s'il tenait la clef de sa prison... Puis il prit une grammaire et nous lut notre leçon. J'étais étonné de voir comme je comprenais. Tout ce qu'il disait me semblait facile, facile. Je crois aussi que je n'avais jamais si bien écouté, et que lui non plus n'avait jamais mis autant de patience à ses explications. On aurait dit qu'avant de s'en aller le pauvre homme voulait nous donner tout son savoir, nous le faire entrer dans la tête d'un seul coup.

La leçon finie, on passa à l'écriture. Pour ce jour-là, M. Hamel nous avait préparé des exemples tout neufs, sur lesquels était écrit en belle ronde: France, Alsace, France, Alsace. Cela faisait comme des petits drapeaux qui flottaient tout autour de la classe pendu à la tringle de nos pupitres. Il fallait voir comme chacun s'appliquait, et quel silence! on n'entendait rien que le grincement des plumes sur le papier. Un moment des hannetons entrèrent; mais personne n'y fit attention, pas même les tout petits qui s'appliquaient à tracer leurs bâtons, avec un coeur, une conscience, comme si cela encore était du français... Sur la toiture de l'école, des pigeons roucoulaient bas, et je me disais en les écoutant:

«Est-ce qu'on ne va pas les obliger à chanter en allemand, eux aussi?»

De temps en temps, quand je levais les yeux de dessus ma page, je voyais M. Hamel immobile dans sa chaire et fixant les objets autour de lui comme s'il avait voulu emporter dans son regard toute sa petite maison d'école... Pensez! depuis quarante ans, il était là à la même place, avec sa cour en face de lui et sa classe toute pareille. Seulement les bancs, les pupitres s'étaient polis, frottés par l'usage; les noyers de la cour avaient grandi, et le houblon qu'il avait planté lui-même enguirlandait maintenant les fenêtres jusqu'au toit. Quel crêve-coeur ça devait être pour ce pauvre homme de quitter toutes ces choses, et d'entendre sa soeur qui allait, venait, dans la chambre au-dessus, en train de fermer leurs malles! car ils devaient partir le lendemain, s'en aller du pays pour toujours.

Tout de même il eut le courage de nous faire la classe jusqu'au bout. Après l'écriture, nous eûmes la leçon d'histoire; ensuite les petits chantèrent tous ensemble le BA BE BI BO BU. Là-bas au fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, il épelait les lettres avec eux. On voyait qu'il s'appliquait lui aussi; sa voix tremblait d'émotion, et c'était si drôle de l'entendre, que nous avions tous envie de rire et de pleurer. Ah! je m'en souviendrai de cette dernière classe...

Tout à coup l'horloge de l'église sonna midi, puis l'Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l'exercice éclatèrent sous nos fenêtres... M. Hamel se leva, tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m'avait paru si grand.

«Mes amis, dit-il, mes amis, je... je... »

Mais quelque chose l'étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase.

Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu'il put:

«VIVE LA FRANCE!»

Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe:

«C'est fini...allez-vous-en.»


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